QUI SUIS-JE ?


 

     Tout commence à l’âge de 8 ans lorsque j’ai vu ce numéro de funambule sous le grand chapiteau de Circa, festival international de cirque à Auch, ma Gascogne de naissance. L’artiste interprétait le personnage de Charlie Chaplin dans le film « the kid » et elle était accompagnée de l’enfant qui marchait derrière elle sur le fil. Le cable était haut, au moins 10 mètres du sol, mais les deux funambules n’avaient pas peur, ils étaient légers comme des plumes. Le public retenait son souffle. Ce numéro était si beau qu’il a été pour moi un déclic, par la suite décisif dans mes choix de vie. A partir de ce jour j’ai déclaré à mes parents et à quiconque voulait bien l’entendre :

« quand je serai grande, je serai fildeferiste !»

Et j’ai donc supplié mes parents de m’inscrire à l’école de cirque du Pop Circus, puis j’ai supplié le Pop Circus de remonter le vieux fil, jusqu’alors stocké au grenier et enfin, enfin, j’ai pu essayer cet outil magique qui m’avait tant bouleversé.

Tout commence aussi à l’âge de 14 ans, lorsque ma mère m’a emmenée en Sicile découvrir des volcans en activité. Depuis toujours, je suis fascinée par les volcans, leur puissance m’attire. J’ai assisté à une éruption de l’Etna puis je suis montée au Stromboli. Là, j’ai passé la nuit près des cratères à contempler les éruptions, à m’émerveiller du spectacle de la lave incandescente qui jaillissait dans l’obscurité. C’est alors qu’un nouveau rêve est né en moi et en rentrant de ce voyage j’ai dit :

« quand je serais grande, je serai volcanologue ! »

Mais on m’a dit que pour être volcanologue, il fallait suivre un cursus scientifique et faire 8 ans d’étude !! beurk beurk !! Jamais de la vie, je ferai autant d’études et encore moins s’il y a des maths.

Même si ma carrière de volcanologue semblait compromise, je continuais à alimenter ma passion pour les volcans, par des voyages sur les volcans du monde, au Guatemala, en Indonésie, au Pérou, aux Antilles. En même temps, je poursuivais mon entrainement au cirque. J’ai travaillé le fil pendant huit années à l’issue desquelles j’ai intégré, (suite à un bac littéraire, c’est dire si j’aimais les sciences), des formations professionnelles aux métiers des arts du cirque. J’ai d’abord suivi celle de l’école de cirque Balthazar de Montpellier, puis celle d’Arc en Cirque de Chambéry, puis j’ai finalement décidé de me lancer en tant qu’artiste.

Je me suis donc installée à Paris et j’ai créé ma compagnie, la compagnie « les Effrontés » qui réunissait un comédien, une danseuse-trapéziste, une chanteuse lyrique, une contorsionniste et moi-même. Avec l’aide d’un metteur en scène, nous avons réalisé un spectacle autour de nos différences. Puis au terme de deux ans de création et de tournée, j’ai décidé de changer de cap pour donner une chance à ma seconde passion : Les volcans…

De fil en aiguille et de voyages en rencontres, j’ai intégré la fac de géologie de Clermont-Ferrand, avec option volcanologie.

Au départ, je voulais simplement acquérir un bagage de connaissances suffisant pour ensuite accompagner les gens sur les volcans. Je me souviendrai toujours du jour de mon inscription à l’université où la préposée aux inscriptions de première année, alors hésitante à valider ma fiche, me répétait, dans l’espoir de me faire réaliser l’incohérence de ma demande: « Vous avez un bac littéraire, puis 4 ans de cirque et vous voulez vous inscrire en fac de sciences ?? ». Je faisais oui de la tête et ajoutais: « et en plus, j’ai eu 6/20 en physique au bac !! et heureusement que j’ai pas eu à passer les maths, vous imaginez ! ». L’air dépité, elle est allée chercher l’appui d’un prof de sciences, qui m’a aussitôt convoqué dans son bureau. J’étais devenu une sorte de bête de foire, une espèce hors du commun. Il m’a interrogé sur mes motivations et voyant que je ne lâcherais pas l’affaire, a fini par dire: « de toute façon, elle a un bac, on peut pas la refuser ».

J’ai bossé comme une dingue pour m’en sortir et trois ans plus tard, j’étais en tête de promo. De bête de foire, j’étais passé au rang des héros ! J’étais devenu l’archétype de la reconversion réussie !  Emportée dans cet élan de reconnaissance, j’ai continué mes études… En parallèle, je suivais la formation de brevet d’état d’accompagnateur en montagne (AMM).

En 2006 j’ai obtenu mon diplôme d’AMM et j’ai commencé à accompagner les gens en randonnées,en Auvergne mais aussi à l’étranger (Yellowstone, la Réunion, Sicile). Ce contact rapproché avec la nature et avec les volcans m’a notamment inspiré l’écriture de contes sur les volcans d’Auvergne:

« Contes des volcans auvergnats », publiés aux éditions la Galipote, traduisent mon désir de faire partager mes connaissances du volcanisme auvergnat, tout en révélant au lecteur la part d’imaginaire que m’inspire cette région.

En 2007, j’ai eu l’immense opportunité de participer à un film documentaire sur les volcans du rift Est-Africain, diffusé sur ARTE. J’ai ainsi pu réaliser un de mes rêves les plus chers : visiter l’Erta Ale, un lac de lave situé au milieu du désert de l’Afar, en Ethiopie. Lors de ce voyage improbable, j’ai foulé du pied le Nyiragongo, la banquise de sel du lac Asal, le volcan d’acide de Dallol, à -80m d’altitude, et j’ai fêté mes 25 ans dans le cratère du volcan Lengai en Tanzanie, seul volcan au monde émettant des « laves calcaires ».

Ma formation du brevet d’état et ce voyage m’ont pris pas mal de temps et je devais donc m’absenter de la fac au grand dam de mes profs qui me répétaient : « si tu rates ce module, tu t’en sortiras jamais ! ». Mais n’avez-vous donc pas compris ? Il n’y a pas que l’assiduité ou le temps passé à étudier qui comptent…

Mais parmi tous ceux qui ne croient qu’en un parcours académique et linéaire pour réussir, j’ai aussi rencontré des chercheurs qui m’ont soutenue, qui ont cru en moi et qui m’ont permise d’aller au bout de mes projets et de m’accomplir.

En 2013 j’ai soutenu ma thèse de doctorat en volcanologie au Laboratoire Magmas et Volcans de Clermont Ferrand. Grâce à l’obtention d’une bourse de la fondation Alexander Von Humboldt, j’ai ensuite effectué un postdoctorat de deux ans en Allemagne.

Aujourd’hui je suis aussi maman de 3 enfants, qui alimentent ma vie et mon bonheur et sont à l’origine de ma sensibilité particulière à ce sujet et de l’idée d’œuvrer pour apporter du bien-être aux jeunes mamans.

Avec tous ces bagages qui me caractérisent, j’ai eu cette idée: réunir l’ensemble de mes compétences au service d’une structure qui ferait le lien entre les deux passions qui ont animé ma vie: la volcanologie et l’art. Une structure qui constituerait le support d’une rencontre totale entre ces deux univers, aux différences souvent complémentaires. De cette idée, est né Création Volcans, socle forgé de ma polyvalence, qui me permet de faire partager cette union insolite entre savoir et créativité.

Voir l’article sur mon parcours publié dans le journal LE MONDE